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Fessenheim : Caramba… encore raté !


Le conseil d’administration d’EDF a confirmé jeudi 6 avril le principe de fermeture de Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises. Mais il l’a conditionnée à la mise en service de l’EPR de Flamanville, dont le chantier s’enlise depuis des années.

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Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises, va bien être fermée... mais pas tout de suite. C’est la décision qu’a prise le conseil d’administration d’EDF jeudi 6 avril, peu après 18 h, à l’issue d’une après-midi de discussions houleuses, et une fausse alerte de la CGT aux alentours de 17 h. La demande d’abrogation ne sera pas prise immédiatement, mais EDF devra « l’adresser [à l’État] dans les six mois précédant » la mise en service de l’EPR de Flamanville, prévue à l’horizon 2019, selon l’AFP, dont le chantier s’enlise depuis des années et dont la cuve présente un grave défaut. Une décision plus arrachée qu’adoptée, alors que les six administrateurs salariés ont voté contre et que les six représentants de l’État n’ont pas pris part au vote, prétextant un conflit d’intérêts — l’État est actionnaire à plus de 83 % de l’électricien.

« C’est la pire décision, a dit à Reporterre André Hatz, porte-parole de l’association Stop Fessenheim. De graves malfaçons ont été découvertes sur la cuve de l’EPR de Flamanville, forgée à l’usine du Creusot. D’après les révélations de France Inter, l’Autorité de sûreté nucléaire connaissait des dysfonctionnements au sein de l’atelier, mais a été prise en défaut par EDF. Si elle veut retrouver le moindre crédit, elle n’a qu’une solution : ne pas permettre le démarrage de l’EPR. Mais cela veut dire qu’alors, Fessenheim ne fermerait jamais. »

Pour les écologistes, la fermeture de Fessenheim reste une priorité absolue et non négociable. « À bout de souffle, plombée par les pannes, équipées d’enceintes de confinement trop petites, située en zone sismique et en contrebas du grand canal d’Alsace, Fessenheim doit être fermée immédiatement, pour des raisons de sécurité évidentes », a insisté le réseau Sortir du nucléaire dans un communiqué diffusé mercredi 5 avril.

Plusieurs centaines de salariés rassemblés devant le siège d’EDF

Le conseil d’administration s’est déroulé dans une ambiance extrêmement tendue. Prévu à 14 h 30, il a démarré avec quasiment une heure de retard. Plusieurs centaines de salariés d’EDF et en particulier de la centrale nucléaire de Fessenheim s’étaient rassemblés à l’appel de l’intersyndicale CGT, CFDT, FO et CFE-CGT, à midi devant le siège parisien de l’électricien. Ils ont exprimé leur opposition à la fermeture de la doyenne des centrales nucléaires françaises, au motif qu’elle menacerait selon eux quelque 2.000 emplois directs et indirects.

Ces derniers jours, plusieurs ministres avaient poussé les administrateurs à accepter la fermeture de Fessenheim, qui vient de souffler sa quarantième bougie, conformément à la promesse de campagne de François Hollande en 2012. La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, a dénoncé mercredi soir à l’AFP l’attitude de certains administrateurs, qui « seraient tentés de remettre en cause leur décision du précédent conseil d’administration pour ajouter de nouvelles conditions ». En effet, selon une source de l’AFP, un nouveau scénario était évoqué ces derniers jours qui conditionnait l’arrêt de Fessenheim à la capacité de production nucléaire française : si cette dernière baissait en dessous du plafond prévu par la loi de transition énergétique — soit son niveau actuel de 63,2 gigawatts — Fessenheim continuerait sa production.

Ce dernier épisode est l’ultime rebondissement d’un feuilleton qui a débuté par la promesse de campagne de François Hollande, en 2012, de fermer la centrale de Fessenheim. Le 24 janvier dernier, le conseil d’administration d’EDF avait accepté sur le fil le protocole d’indemnisation du groupe, soit une enveloppe de 489 millions d’euros minimum assortie d’une éventuelle compensation pour le manque à gagner jusqu’en 2041. Le 24 mars dernier, la Commission européenne a donné son feu vert à cet accord jugé inacceptable par les associations antinucléaires. « L’entreprise sera dédommagée pour la fermeture d’une centrale non rentable, qui cumule les pannes et ne fonctionne même plus actuellement, a dénoncé le réseau Sortir du nucléaire, reprenant des données de RTERappelons que le réacteur 1 de Fessenheim est à l’arrêt suite à la détection d’une fuite et que le réacteur 2, arrêté depuis juin 2016 et équipé d’un générateur de vapeur suspect, n’est toujours pas autorisé à redémarrer. » Autres contreparties accordées à EDF en échange de la fermeture de Fessenheim, la possibilité de redémarrer le réacteur 2 de la centrale de Paluel (Seine-Maritime) après plus de deux ans d’arrêt et... l’extension de trois ans, jusqu’en avril 2020, du délai d’autorisation de mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche).

« L’État s’est aplati et a accepté toutes les conditions exigées par EDF, analyse André Hatz, indigné. Mais EDF n’a pas honoré ses engagements et a ajouté une condition supplémentaire. » Le réseau Sortir du nucléaire n’entend pas en rester là. « Nous allons étudier la possibilité de faire casser par la justice le décret de prorogation du chantier de l’EPR de Flamanville pour cause de tromperie de la part d’EDF », prévient le porte-parole de Stop Fessenheim.




https://reporterre.net/Fessenheim-Caramba-encore-rate

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